
9 Mar 2010
Le gouvernement japonais de centre-gauche a fustigé ses prédécesseurs conservateurs pour avoir dissimulé des pactes conclus avec les Etats-Unis, dont certains portaient sur le transit d'armes nucléaires au Japon, une affaire qui surgit en plein trouble des relations bilatérales.
"Il est extrêmement regrettable que ce problème ait été dissimulé aussi longtemps aux Japonais", a dénoncé le ministre des Affaires étrangères Katsuya Okada.
Un panel d'historiens a confirmé, dans un rapport présenté mardi, que les conservateurs aux commandes à Tokyo pendant plus de 50 ans avaient gardé le silence sur quatre accords signés avec les Américains au temps de la Guerre Froide.
Datant des années 60, l'un d'eux permettait aux navires et avions américains dotés d'armes nucléaires de faire escale au Japon.
"Faire transiter des navires équipés d'armes nucléaires sur son territoire viole la politique du Japon d'interdire les armes nucléaires sur son sol", a souligné M. Okada.
Un autre pacte conclu en 1969 entre le Premier ministre Eisaku Sato et le président américain Richard Nixon autorisait l'entreposage d'armes nucléaires à Okinawa (sud), même après la restitution au Japon en 1972 de cette île occupée par les Américains.
Au nom "des trois principes antinucléaires", adoptés en 1968 par Eisaku Sato, l'archipel s'interdit de produire, posséder ou accueillir des armes nucléaires sur son territoire. Ces principes lui avaient valu d'obtenir le prix Nobel de la Paix en 1974.
La question nucléaire est sensible au Japon, victime de bombardements atomiques américains en août 1945 sur Hiroshima (ouest) et Nagasaki (sud-ouest), qui ont fait respectivement 140.000 et 75.000 morts.
M. Okada a assuré qu'aucune arme nucléaire américaine n'avait pénétré sur le territoire nippon depuis 1991, mais n'a pu le certifier pour la période de la Guerre Froide.
Le panel a confirmé que deux autres pactes avaient été conclus à l'époque: l'un autorisait les soldats américains à utiliser le territoire japonais en cas de conflit sur la péninsule coréenne, l'autre prévoyait le paiement par Tokyo des frais de remise en état après la restitution de l'île d'Okinawa.
Le Premier ministre Yukio Hatoyama a tenu à préciser immédiatement que ce rapport "n'affecterait pas les relations futures entre le Japon et les Etats-Unis", selon l'agence Jiji.
Il a souligné que la dissuasion nucléaire américaine était "nécessaire à la région Asie-Pacifique, comme le traité de sécurité Japon-Etats-Unis", tout en réaffirmant l'attachement de l'archipel aux trois principes antinucléaires.
Le Japon et les Etats-Unis sont proches alliés depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, mais leurs relations sont tendues depuis l'arrivée au pouvoir en septembre de M. Hatoyama.
Le Premier ministre de centre-gauche a promis de rééquilibrer les relations avec Washington, après un demi-siècle d'alignement de la diplomatie japonaise sur les positions américaines suivi par les conservateurs.
M. Hatoyama a agacé les Etats-Unis en décidant de réviser un accord, conclu en 2006 entre les administrations précédentes, prévoyant le déplacement d'une base militaire au sein d'Okinawa, où sont installés plus de la moitié des 47.000 soldats américains postés au Japon.
Le panel d'historiens avait été mandaté à l'automne et a travaillé sur 4.423 documents des archives du ministère japonais des Affaires étrangères et de l'ambassade américaine à Tokyo. Il a dénoncé l'absence de nombreuses pièces officielles, laissant entendre qu'elles avaient pu être détruites.
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