Crevettes, langoustes, huîtres… les fruits de mer sont bien prisés en cette période de fêtes de fin d’année. Mais en raison du prix, guère à la portée de toutes les bourses, notamment pour les produits haut de gamme, la consommation a tendance à se stabiliser par rapport à l’an dernier. Pour satisfaire les goûts des consommateurs et des gourmets, les importateurs diversifient leurs sources d’approvisionnement. Or, la hausse de la demande sur le plan international n’arrange pas les choses.
“Outre la croissance mondiale de la demande de fruits de mer sur le marché international, le taux de change de la roupie vis-à-vis du dollar, de l’euro et du yen pose problème. Nous avons à concourir avec les gros importateurs d’Europe, des États-Unis et du Japon. Certains pays producteurs, comme la Chine, le Bangladesh et le Pakistan ont même doublé leur production pour pouvoir satisfaire la consommation mondiale, notamment en Europe”, explique Bahim Khan Taher, directeur de Hassen Taher Seafoods (Mauritius) Ltd (HTSM). “Et en raison du prix sur le marché local, la consommation a tendance à se stabiliser voire à baisser quelque peu, même si la demande est là.”
Opinion d’ailleurs partagée par Farhad Sayfoo, un des responsables des rayons frais de Winner’s Supermarket Chain et par Natacha Gustave, une des responsables du Restaurant Épicerie Gourmande à Floréal. Restaurant où vous pouvez savourer un “gratin de palmistes et de crevettes”, un “gratin de chair de crabe” ou une “terrine de noix Saint Jacques” aux prix variant entre Rs 300 et Rs 400 la portion.
“La consommation a tendance à baisser, un peu à cause du prix, très probablement. Mais le prix est un peu le résultat du taux de l’euro par rapport à la roupie”, estime Natacha Gustave.
Farhad Sayfoo ajoute : “Le coût de la vie contribue aussi à la baisse de la consommation des fruits de mer.”
Par contre, du côté de Panagora Marketing Co. Ltd, on est d’un avis contraire. “Même si c’est cher, les gens n’hésitent pas à consommer. Nous avons même constaté une augmentation de la consommation”, confie une responsable de marketing. “Si on n’avait pas eu à faire face à une pénurie de crustacés, des ourites, crevettes et crabes en provenance de Madagascar, notre principal fournisseur où la saison de pêche finit, nous aurions fait encore mieux.”
Dans certaines grandes surfaces le saumon frais se vend à Rs 940 le kg pour le filet et à Rs 680 pour du saumon entier de Norvège. Mais les prix pour ces mêmes produits peuvent être plus élevés.
Les huîtres sont vendues entre Rs 30 et Rs 40 la pièce. Quant aux moules, les prix varient entre Rs 1 200 et Rs 1 500 le kg.
Les fruits de mer surgelés, comme la noix Saint-Jacques du Canada (importée dans le passé des États-Unis) et la coquille Saint-Jacques du Chili ne manquent pas non plus pour les fins gourmets.
“Ourites” et crevettes abordables
D’Espagne vient le pescaviar, un produit d’une qualité entre le caviar et l’œuf de lump et ce, en plusieurs variétés. Le prix varie entre Rs 400 le pot de 55 g et la bagatelle de Rs 4 000 celui de 940 g.
À partir de Rs 1 500 le kg, on aura la queue de langouste surgelée venant principalement de Madagascar, d’Inde et d’Indonésie.
Selon Suman Banydeen, Commercial Manager d’Innodis, filiale de Happy World Ltd, les consommateurs ont tendance à se rabattre sur les fruits de mer surgelés à cause de la dépréciation de la roupie et la hausse du prix de la viande importée.
Les sources d’importation des fruits de mer, frais et surgelés, sont diversifiées. Ces produits viennent de l’Inde, Madagascar, France, Norvège, Thaïlande, Vietnam, Afrique du Sud, Afrique, Indonésie, Oman, Singapour, et Australie, entre autres. Par exemple, pour le frais, les moules, huîtres, et saumon (filet et entier) viennent de France. Mais les queues de langoustes viennent de Madagascar et d’autres pays de la région océan Indien.
“Pour les crevettes, par exemple, en deux ans, le prix à l’achat auprès des fournisseurs a doublé. Ce qui fait que la langouste, qu’on vendait sur le marché local à Rs 450 le kg, est passée à Rs 650 le kg. Mais pour certains types de crevettes, les ourites et les crabes, le prix reste toujours un peu abordable”, ajoute Bahim Taher.
Il affirme que HTSM contrôle 25 % du marché. Un mois normal, elle importe 120 tonnes à 150 tonnes de fruits de mer. Mais durant la période festive, entre octobre et décembre, ses importations passent à 200 tonnes pour chacun de ces trois mois.
Environ 75 % des importations de HTSM sont destinées aux hôtels. Une bonne partie des fruits de mer importés est traitée avant d’être mise en vente en steak et filet, par exemple, selon les besoins de la clientèle. Même les crevettes sont décortiquées. Le reste de la production de HTSM est mis en vente dans le circuit commercial.
Les autres gros importateurs sont Innodis (filiale de Happy World Ltd), Ireland Blyth Ltd, Panagora Marketing et Fine Foods Marketing Ltd ainsi que Proen Ltd, propriétaire du Restaurant Épicerie Gourmande.
VENTES
Ce stock qui s’épuise …
■ Les clients n’accouraient pas dans les supermarchés hier. Mais pourtant, les responsables de vente de la section fruits de mer nous assurent que les ventes dépassent les espérances cette année. Le stock d’huîtres, qui se vendent à Rs 40 l’unité, est épuisé. Ce n’est qu’aujourd’hui que la grande surface Super U recevra sa commande en provenance de France. “Dix boîtes de 24 huîtres ont été reçues jeudi et nous avons tout vendu à dimanche. Demain, nous recevrons 15 boîtes additionnelles”, explique Jatish, un employé.
Entre-temps, les moules, qui se vendent à Rs 450 les 100 grammes, sont presque en rupture de stock. Un saumon entier frais en provenance de Norvège est en vente à Rs 755 alors que le steak du même poisson se vend à Rs 855 le kilo. C’est tout ce que Super U stocke en produits frais. Les surgelés sont aussi prisés. Les camarons et autres homards sont disponibles en versions frigorifiées dans les grandes surfaces et il n’y a pas de crainte de rupture de stock. Les poissons frais tels les gueules pavés, emprisonnés dans leurs cages de glace, attendent, eux, de trouver preneurs. Au cas, où ils n’arrivent pas à accrocher l’intérêt du client, ils disparaîtront dans deux jours…
Alain BARBÉ