Fin décembre, période des festivités, les absents font du tort. Les entreprises craignent les lendemains de fêtes difficiles. L’absentéisme des salariés en ces périodes est un sujet qui préoccupe les employeurs. Le taux d’absentéisme varie entre 10 à 15 % durant cette période, comparée à une moyenne de 5 % durant l’année. Certaines entreprises s’activent pour contrôler ce fléau: retard de paiement du bonus de fin d’année ou encore remboursement de congés non pris au lieu de les allouer en fin d’année…
Car pour l’hôtellerie, la restauration et la distribution, c’est le moment où l’activité est à son summum. Un taux d’absentéisme élevé risque de perturber les opérations à ce moment crucial. “L’absentéisme est un gros problème en cette période de fin d’année. Dans le secteur touristique, par exemple, les hôtels connaissent leur taux de remplissage le plus élevé de l’année. Les établissements ont besoin de tout leur personnel pour répondre à l’appel. Dans le textile-habillement aussi il y a des fabricants qui ont des délais de livraison à respecter”, explique Mookeshwar Gopal, président de la Mauritius Employers’ Federation (MEF). “C’est bien que les gens s’amusent, mais il faut aussi développer une nouvelle attitude au travail.”
Une nouvelle attitude au travail, le secteur du bâtiment semble en avoir désespérément besoin. Certains sentiers sont lourdement pénalisés avec seulement 50 % des employés présents. La compagnie Bhooshan Ramloll a opéré hier avec seulement 35 % de ses effectifs sur ses quelque 12 sites de construction. L’entreprise, à l’image du secteur de la construction en général, ne s’attend pas à une reprise normale des activités avant le 9 janvier.
“Les travailleurs manquent de sens de responsabilité. L’absentéisme est plus prononcé chez le personnel temporaire Il y a une baisse de productivité considérable ces jours-ci”, déplore Bhooshan Ramloll, managing director de la société.
Celui-ci est d’avis qu’il faut remettre en question certaines pratiques et mœurs dans ce secteur. A l’instar des congés généralisés durant la première semaine de janvier. “Avec les développements en cours dans la construction, il nous faut revoir ce système d’autant plus que beaucoup d’ouvriers prolongent leurs congés jusqu’au 15 janvier. Nous ne pouvons plus nous permettre une telle rupture. Il nous faudra reprendre dès le 3 janvier. Les fournisseurs de matériaux devront eux aussi démarrer leurs activités beaucoup plus tôt”, affirme Bhooshan Ramloll.
Des opérateurs ont même eu recours à des astuces pour assurer un minimum de présence sur les chantiers. Ils ont décidé de différer le paiement du bonus de fin d’année et des salaires le plus loin possible afin de “forcer” leurs employés à venir travailler. “On a dû pratiquer ces mesures car le système de boni de présence ne marche pas trop dans cette industrie”, souligne Bhooshan Ramloll.
Concentration de congés
Si certaines entreprises vivent dangereusement cette période de fin d’année-début du Nouvel An, d’autres, par contre, ont appris à gérer la situation. Chez Beachwear, un fabricant de maillots de bains et de lingerie, la direction compte beaucoup sur les encouragements liés au boni de présence pour maintenir un effectif normal durant cette période.
“Nous enregistrons certes un nombre plus élevé de congés de maladie, mais cela ne nous affecte pas trop. Les employés souhaitent en général toucher un bon boni de présence. Nous sommes aussi en train d’exercer un contrôle strict sur les demandes de congé”, indique Sunil Toolsee, manager de l’entreprise. Beachwear a également déployé des efforts supplémentaires au niveau de la production avant la période des fêtes en anticipation à un taux d’absentéisme plus élevé que la normale.
Les encouragements monétaires donnent en général des résultats positifs dans le textile-habillement. Le groupe Star Knitwear, un des plus gros opérateurs du secteur, mise sur le remboursement des congés de maladie et de local leaves non pris.
“Au mois de novembre, les employés se rendent compte qu’ils n’ont pas encore épuisé tous leurs congés. Ils ont tendance à les prendre vers la fin de l’année. Nous avons voulu éviter une concentration de congés en cette période en proposant de rembourser les congés non pris. Cela représente un fardeau financier additionnel pour l’entreprise, mais c’est une formule qui marche”, soutient Ali Parkar, patron du groupe.
Dans l’hôtellerie, les opérateurs préfèrent ne pas prendre de risques. Beachcomber, une des principales chaînes hôtelières du pays, réussit de fort belle manière son pari. “Tout le personnel est motivé à bloc. Il n’y a pratiquement pas d’absents dans nos hôtels”, déclare Malenn Oodiah, conseiller en ressources humaines du groupe. Le personnel a droit à un plan de participation aux bénéfices qui tient également compte du critère de la régularité de l’employé au travail. “Nous n’avons aucun problème d’absentéisme car nous avons pratiqué une gestion proactive des congés”, explique Malenn Oodiah.
Contraintes familiales
“Normalement, le système de boni de présence et autres encouragements similaires ont un impact positif sur la régularité des employés en cette période de fête. Mais c’est encore trop tôt pour évaluer l’incidence sur l’ensemble du secteur cette année-ci”, observe Jean-Michel Pitot, président de l’Association des hôteliers et des restaurateurs de l’île Maurice. Celui-ci est également le directeur de Veranda Resorts, un gros groupe hôtelier.
Les syndicats, eux, soutiennent qu’il est tout à fait normal que les employés prennent leurs congés durant cette période. “Les salariés prennent des congés non utilisés durant l’année. On ne peut pas parler d’abus. Il faut aussi tenir en considération leurs contraintes familiales”, avance Dev Luchmun, président du Labour Watch, une organisation militant pour les droits des travailleurs.
Akilesh ROOPUN